đŸ’«Sous le capot des skyblogs ; une enfant explique le html

Lucie Ronfaut explore les skyblogs pour « Programme B » et « Lissa Explains it all » fĂȘte 20 ans de cours html pour tous.

arobase, c’est chaque semaine une rencontre avec celles et ceux qui font internet (artistes, vidĂ©astes, chercheuses et chercheurs, journalistes) ; des pĂ©pites, souvenirs de temps passĂ© sur internet ou documents originaux ; des rendez-vous de choses Ă  voir et Ă  Ă©couter.

đŸ’«Rencontre avec Lucie Ronfaut

Dans un podcast en plusieurs Ă©pisodes pour Programme B, Lucie Ronfaut raconte les skyblogs. La plateforme fĂȘte cette annĂ©e ses 18 ans et a « essuyĂ© les plĂątres Â» des communautĂ©s adolescentes en ligne, comme me le disait cette semaine Lucie, par tĂ©lĂ©phone (disclaimer : Lucie est une amie).

Lucie Ronfaut est journaliste, spĂ©cialisĂ© dans all things tech. Elle fait notamment une newsletter pour Numerama. « Cette sĂ©rie a fait Ă©cho avec beaucoup de sujets que je traite aujourd’hui », remarque-t-elle ; les moqueries sur les usages adolescents de l’époque sont comparables aux regards moqueurs sur TikTok aujourd’hui.

Revenons en arriĂšre. En 2002, seul un foyer sur deux Ă©tait Ă©quipĂ© d’un ordinateur. La radio Skyrock lance une offre de blogs gratuits, ouverts Ă  tous. C’est un immense succĂšs ; les skyblogs deviennent incontournables au dĂ©but des annĂ©es 2000 et sur l’ensemble du territoire. Les politiques s’y affairent, espĂ©rant capter un peu d’audience et d’attention de la part de la jeunesse.

Ce qui m’a le plus impressionnĂ© dans la sĂ©rie de podcasts de Lucie, ce sont les tĂ©moignages qui racontent les coulisses des skyblogs, de l’autre cĂŽtĂ© des cĂąbles. L’audience impressionnante que recevait la plateforme se mesure Ă  plusieurs tĂ©moignages.

« On Ă©tait complĂštement dĂ©passĂ©s par les Ă©vĂ©nements », raconte, Ă  Lucie, Guillaume Blairon, administrateur systĂšme chez Skyrock. Il rappelle notamment que l’équipe technique travaillait en horaires dĂ©calĂ©s pour ĂȘtre prĂ©sent lors de la montĂ©e en charge la plus importante de la journĂ©e : « Ils le faisaient tous Ă  la mĂȘme heure, en sortant de l’école. Â» Une fois, apprend-on Ă©galement, le nombre de connexions Ă©taient si important qu’un cĂąble a cramĂ©.

Un autre tĂ©moignage est intĂ©ressant : celui de Michael Stora, un psychologue et psychanalyste. Il a Ă©tĂ© appelĂ© par Skyrock pour accompagner les modĂ©rateurs aprĂšs la survenue de plusieurs suicides ou tentatives, et a travaillĂ© pendant six ans pour la plateforme. Son premier travail a Ă©tĂ© d’identifier les « indices Â» qui devaient alerter les modĂ©rateurs. « Finalement, les blogs les plus inquiĂ©tants Ă©taient les blogs assez pauvres avec juste un lieu et une date Â», se souvient-il, ajoutant que lorsque ceux-ci Ă©taient identifiĂ©s, ils le signalaient Ă  Pharos.

Les skyblogs Ă©taient aussi un creuset de crĂ©ativitĂ©. Comme le notait Anne Cordier, chercheuses en sciences de l'Information et de la communication, interrogĂ©e rĂ©cemment par Xavier de La Porte, les jeunes sont rarement passifs derriĂšre leurs Ă©crans. Astrid raconte ainsi comment elle est devenue une star en crĂ©ant des gifs sur Harry Potter pour son skyblog. Tout n’était pas aussi simple que maintenant et il fallait multiplier les logiciels pour capter une vidĂ©o, en extraire un bout et le transformer en gif.

« Ce truc que je gardais en tĂȘte comme un souvenir honteux de mon adolescence a Ă©tĂ© une vrai part d'histoire en France et a Ă©tĂ© un vrai bouleversement dans la vie de nombreuses personnes Â», conclut Lucie.

đŸ–„PĂ©pites

Chaque semaine, je vous propose des pépites, souvenirs de temps passé sur internet ou documents originaux.

Puisqu’on parle des dĂ©buts sur internet, les miens se sont fait en 2003, quand j’ai rĂ©alisĂ© mon premier site personnel, tout en html. À l’époque, j’avais reçu l’aide d’un site qui n’a pas tant changĂ© aujourd’hui : Lissa Explains it All.

Ce site était rédigé par une enfant de 11 ans ; Lissa, la propriétaire, est née en 1986. Coloré et gigotant, il donnait des conseils sur le html et le css, les deux langages utilisés pour formater une page web.

Le site est imaginĂ© au dĂ©part par Alyssa « Lissa Â» Daniels comme un aide-mĂ©moire de codes et astuces, hĂ©bergĂ© par Geocities. La jeune fille a alors 11 ans et vit en Floride. Elle achĂšte avec ses parents un En 2000, interviewĂ©e par CNN, elle revendique 500 000 visiteurs par mois.

Ses conseils pour attirer des visiteurs ? « Mon site est colorĂ©, oui. Les gens se plaignent, bref. MAIS ils le remarquent, et souvent ne l’oublient pas. Il est trĂšs diffĂ©rent. Faites vos propres graphiques, ne les empruntez pas Ă  d’autres. » Une rubrique est consacrĂ©e aux frames, pour mettre en page le site, mais ce n’est pas super en termes de rĂ©fĂ©rencement, une autre dĂ©taille comment personnaliser son Myspace.

Ma page prĂ©fĂ©rĂ©e est « fun stuff Â», celle qui permet de gĂ©nĂ©rĂ©r des animations grĂące Ă  Javascript aussi chargĂ©es que magiques â€“ que ce soient de la neige qui tombe ou des Ă©toiles qui suivent un curseur. Mon premier site perso, crĂ©Ă© en mars 2003, voyait d’ailleurs des trĂšfles Ă  quatre feuilles tomber sur une page dĂ©diĂ©e Ă  la Saint-Patrick. Autre fiertĂ© : le clic-droit empĂȘchant toute action, mentionne un « copyright Alexandre Â».

Aujourd’hui, Lissa a une trentaine d’annĂ©es. Son site n’a pas beaucoup changĂ© mais reste une rĂ©fĂ©rence. Jay Hoffmann, dans le portrait qu’ils consacrait au site en 2018, notait que le site laissait derriĂšre lui « une cohorte de webmestres qui ont appris tout ce qu’ils savaient de la plus jeune professeure du Web Â». Lissa continue sa vie sur le Web, notamment sous le nom de lyssatee sur Twitch, oĂč elle streame rĂ©guliĂšrement.

🐍A voir

On vous en parlait la semaine derniĂšre, l’utilisation de Flash va bientĂŽt ĂȘtre rendue plus complexe et le logiciel va ĂȘtre dĂ©sinstallĂ© de nombreux ordinateurs. Jason Scott, tĂȘte de pont d’Archive Team, a mis en place un Ă©mulateur permettant d’hĂ©berger et utiliser les animations, jeux et autres bĂȘtises en Flash. Vous pouvez ainsi retrouver l’inutile, donc essentiel, Badger badger badger (Mushroom !), ou un jeu oĂč on peut incarner un chien.

La pandĂ©mie, et les confinements Ă  rĂ©pĂ©tition, font se multiplier les expositions virtuelles. Elles semblent toutes aussi impraticables les unes que les autres. Pourquoi est-il besoin de rĂ©crĂ©er Ă  tout prix les espaces que nous ne pouvons visiter ? Pourquoi l’espace d’exposition doit se reproduire en ligne et proposer de nouveaux obstacles ? La foule est remplacĂ©e par une souris capricieuse et une navigation hasardeuse dans un skeuomorphisme souvent inutile.

L’artothĂšque de Saint-Priest ne fait pas exception avec Vous ĂȘtes ici. RĂ©alisĂ©e grĂące Ă  Mozilla Hubs â€“ qui ressemble beaucoup Ă  Second Life et permet de visiter le lieu en mĂȘme temps que d’autres personnes â€“ l’exposition propose nĂ©anmoins de naviguer entre plusieurs Ɠuvres emblĂ©matiques de l’art numĂ©rique qui rĂ©pondent Ă  des Ɠuvres tirĂ©es de la collection de l’artothĂšque.

On retrouve par exemple Falling falling de Rafael Rozendaal ou My boyfriend came back from the war, d’Olia Lialina, bande dessinĂ©e interactive. Je trouve finalement que le guide d’expo est plus intĂ©ressant, et paisible, pour dĂ©couvrir tous ces travaux. Appelez-moi papy.

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